Quel visage a Louis XVI, lorsqu'il est vu du comptoir des bistrots? Quel traces laissent le lavage de crâne de l'Éducation Nationale sur nos concitoyens ? Ces six éléments de réponse ne sont guère satisfaisants. Une bonne fois pour toute, brûlons ces grotesques images d'Épinal!
« Il ne fait que chasser »
Faux
C'est un sportif passionné de chasse, en effet, mais il veille à se modérer, pour le plus grand bonheur des cerfs, des sangliers, des chevreuils, des renards, des lièvres et des oiseaux qu'il ramenait par dizaine. Il chasse à courre et à tir, mais bien moins que ses aïeux; trois ou quatre fois par semaine, tandis que Louis
XV, son grand-père, chassait cinq à six fois. Il fallait bien soigner son coup d'oeil que l'on disait infaillible...
« C'est un p'tit gros »
Faux
Les portraits de son adolescence le montrent plutôt maigre et dégingandé mais il est vrai qu'il a un peu de mal à égaler la prestance et la majesté de son grand-père, et de mouvoir son colossal mètre quatre-vingt treize avec aisance. La moyenne de l'époque étant d'un mètre soixante-trois; Marie- Antoinette dira qu'« il manquait de grâce mais jamais de hauteur d'esprit ».
« Il s'empiffre »
Faux
Il a le solide appétit des Bourbons, et doit nourrir sa grande carcasse de sportif accompli, mais mange très raisonnablement. Les mauvaises langues s'amusent à ne conserver de lui que l'image du roi dépressif qu'il sera en 1789, après le décès de son fils, Louis Joseph, le 4 juin. Le roi, cassé par la tristesse, se réfugiera un temps dans la nourriture et prendra alors beaucoup de poids. Les caricatures ne le louperont pas...
« Trop dépensier ! »
Faux
A son avènement le budget de la Cour ne représente que 18% des dépenses de l'État. Elles soutiennent les industries du luxe, internationalement reconnues, les grandes manufactures royales mais aussi et surtout les petits ateliers de modistes, de peintres ou de sculpteurs. Après de profondes réformes, les dépenses de la Cour ne concerneront que 5,7% du Budget, en 1788. C'est son soutien aux Etats-Unis d'Amérique, et la
triste politique d'emprunts de Necker qui plomberont définitivement les finances de la Couronne.
« C'est un benêt, médiocre, et pas intelligent; un plouc, quoi. »
Faux
C'est même un intellectuel ! Il se passionne pour les dernières découvertes scientifiques, pour les explorations maritimes et pour la géographie, si bien que dès l'âge de 16 ans, les ministres faisant leur rapport à Louis XV le disent dotés « des savoirs étendus d'un ingénieur ». Il parle couramment l'anglais, l'italien et l'espagnol. Lorsque sa bibliothèque personnelle est saisie à la Révolution, on y répertorie 15.000 volumes. Fait incroyable; tous étaient annotés de la main du souverain, preuve de leur lecture effective!
Source : Insurrection, journal de la jeunesse AF